Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 12:48

 

J'ai intitulé cet article « Les initiatives en Touraine » mais j'aurais pu préciser en Touraine du Sud. Un territoire qui s'étend de Descartes à Châtillon-sur-Indre en passant par Ligueil, Loches, Montrésor, Nouans-les-Fontaines, Reignac-sur-Indre,... Des villages dont les noms sentent bon le terroir mais qui savent aussi être attractifs pour entreprendre.

 

L'organisme économique de la Communauté de Communes Loches-Sud-Touraine a eu la bonne idée de faire réaliser des vidéos montrant de manière décalée cette attractivité. En voici un exemple :

Ils ont raison ! Ton boulot est dans le Sud ! Et si tu n'es toujours pas convaincu, plus d'infos sur le site de Sud Touraine Active.

 

C'est donc ici, dans le Sud que depuis à peu près deux ans je participe à un comité d'attribution de prêts d'honneur sous l'égide de l'association Initiative France, un vaste réseau d'accompagnement et de financement de projets ou de développement d'entreprise. Avec d'autres chefs d'entreprises, la Chambre des Métiers, la CCI, les banques, les assurances, les experts comptables, la communauté de communes nous décidons de l'attribution de fonds pour financer des projets. Un juste retour des choses car j'ai moi-même bénéficié d'un tel prêt à 0% lorsque j'ai démarré mon entreprise en 2007 (à l'époque ça s'appelait l'IDIL).

 

Sur le territoire de la Sud Touraine on se réunit 3 à 4 fois par an pour examiner à chaque fois 8 projets d'installation ou de développement d'entreprises commerciales ou artisanales. Des projets qui vont de la petite entreprise individuelle à des sociétés prévoyant l'embauche de plus de 30 salariés. C'est passionnant car on y côtoie hors contexte professionnel des personnes très aguerries en terme de financement et que l'on découvre des entrepreneurs de tous horizons avec souvent de très belles idées.

Les initiatives en Touraine

Les projets ainsi financés par Initiative Touraine dans le Lochois vont de la reprise d'un restaurant à la création d'une épicerie bio ambulante, en passant par une activité nouvelle de chaudronnerie, la modernisation d'un salon de coiffure, la transformation d'un garage,... On n'imagine pas à quel point notre territoire regorge de possibilités de développement économique. Avec en face, des entrepreneurs volontaires qui défendent leurs projets auprès des banques, de la Chambre des Métiers ou de celle du Commerce.

 

D'année en année le nombre augmente et l'on observe que de plus en plus de citadins (parisiens surtout) décident de se lancer à la campagne, pour retrouver le confort d'une vie plus sereine tout en vivant d'un métier qui leur plaît. Les débuts ne sont pas faciles, bien évidemment, d'où la nécessité de financements comme celui-ci, le soutien des banques et l'accompagnement de professionnels. Sur l'ensemble du réseau Initiative France ce sont plus de 17 000 projets qui ont été financés en 2018. Plus de 90% des entreprises soutenues par la plateforme Initiative Touraine Val de Loire sont toujours en activité, trois ans après leur création.

 

Quel bonheur de voir ces personnes venir revitaliser nos territoires qui s'étioleraient peu à peu face aux métropoles si on ne faisait rien. Qu'ils soient les bienvenus !

Partager cet article

Repost0
7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 18:01

 

 

Partager cet article

Repost0
10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 17:28

 

Grâce à l'initiative d'Anne-Sophie Serrano, professeur d'économie-gestion au Lycée Thérèse Planiol de Loches (ex-Emile Delataille), je me suis retrouvé il y a quelques jours dans une classe de seconde. Pas au milieu des élèves, même si j'aurais bien aimé qu'une machine me transporte quelques années en arrière sur les bancs du lycée Dessaignes de Blois au même âge qu'eux... Non, j'y étais pour leur expliquer mon parcours de chef d'entreprise dans le cadre de leur projet scolaire en option économie-gestion.

 

Après leur avoir raconté comment j'étais passé progressivement d'un métier d'ingénieur à la fonction de gérant de Mecadyn, je leur ai expliqué quelles étaient les démarches pour créer sa propre boîte. En détaillant les différents statuts bien sûr, les organismes tels que la CCI ou la CMA, le passage obligé chez le banquier, mais surtout en insistant sur les étapes à ne pas négliger :

 

- bien choisir son projet, son idée, en fonction de ce qu'on connaît le mieux et qu'on aime le plus,

- étudier la concurrence, son implantation, ses tarifs, sa façon de travailler, son chiffre d'affaires,

- définir sa clientèle (je devrais écrire sa CLIENTÈLE, c'est le point central, car sans client même la meilleure idée ne rapporte rien),

- se lancer en communiquant tous azimuts !!

- se faire connaître, développer.

Les 13 élèves que j'avais en face de moi travaillent depuis la rentrée scolaire sur 3 projets de création d'entreprise, qu'ils doivent mener à bien d'ici la fin de l'année en travaillant sur ces différentes étapes, auxquelles il faut ajouter aussi : le recrutement de salariés, les investissements, le chiffre d'affaires, les charges, le bénéfice,... Les élèves de première et de terminale vont un peu plus loin encore dans la démarche et peuvent participer au concours Graine de boîte soutenu par la région Centre-Val de Loire .

 

Un véritable projet à vocation éducative, que je salue vivement ! Comme je l'ai dit à cette classe : Si j'avais suivi un tel enseignement au lycée, je n'aurais pas créé mon entreprise à 45 ans mais à 35 !

Les 3 idées que les jeunes ont lancées pour leurs projets d'entreprises sont les suivants :

- un salon d'esthétique où l'on utilise et vend des produits bio,

- un bar à fruits et jus de fruits,

- un commerce en ligne de produits scolaires personnalisés.

 

J'ai trouvé les élèves très à l'écoute, attentifs et leurs projets particulièrement intéressants pour des jeunes de leur âge. Je ne sais pas ce qu'il retiendront dans le futur de nos échanges, mais je suis certain que plusieurs d'entre eux et d'entre elles seront des futurs créateurs et créatrices d'entreprises ! Longue vie à cette jeune herbe !

L'une des questions qu'ils m'ont posées était celle-ci : « Pourquoi vous êtes-vous lancé ? ». Je leur ai répondu que la raison principale était que je voulais être libre, me détacher des contraintes qu'un salarié peut avoir dans son emploi et donner plus de sens à ce que je faisais.

Il découvriront peut-être eux aussi ce besoin quand ils seront dans la vie active et feront alors tout comme moi l'éloge du carburateur. ;-)

Partager cet article

Repost0
30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 10:30

La Région Centre Val de Loire a mis en œuvre au début de cette année une expérimentation réelle de démocratie participative, une forme de partage et d'exercice du pouvoir, fondée sur le renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique.

 

Ils ont appelé ça « Démocratie permanente » car le but n'est pas de nous donner un jouet que l'on jettera au bout d'un an, après s'être bien amusés avec, genre : « Merci pour votre participation. On a noté toutes vos propositions dans un grand cahier. Le jour où en aura besoin on piochera dedans et on l'utilisera. Faut nous laisser travailler maintenant ! »

 

Non, l'objectif est d'inscrire la démarche dans le temps, de la pérenniser. Pour que les citoyens, les habitants, le peuple, les gens (appelez-les comme vous voulez), s'accaparent le pouvoir. Mais attention, pas façon Révolution-lutte-finale-le-poing-levé-tout-ça, mais par le consentement mutuel. La première formule ne marche qu'à la schlague et grâce à la fermeté de comités de salut public, la seconde nécessite énormément d'humilité et d'écoute des différents points de vue. J'ai eu l'occasion de m'en apercevoir hier, où ne serait-ce qu'avec 40 citoyens dans un hémicycle, l'exercice consistant à arriver à un accord après examen des objections, apport d'améliorations, levée d'objections et quelques engueulades (gentilles) est difficile. Il faut savoir s'écouter, comme le résume très bien le dessin d'Eric Grelet qui nous a suivis toute la journée avec papiers et crayons :

 

 

Quand j'ai eu connaissance de ce projet au début de l'année 2017, je m'y suis inscrit par curiosité. On ne devait pas être très nombreux et j'ai été choisi pour représenter le panel du département d'Indre-et-Loire, composé de 7 femmes et 7 hommes, de tous âges, horizons et professions. C'est vrai que j'ai la chance d'avoir une activité professionnelle qui me permet plus facilement que d'autres de m'investir dans ce genre d'initiative. Quant au temps que je dois y consacrer, je le puise dans celui que je n'emploie pas à râler contre l'Etat, le système, le RSI, les impôts, les radars,... ;-)

 

 

Bref, après mise en place des panels territoriaux (12 à 16 personnes dans les 6 départements de la Région), la réalisation d'ateliers démocratiques le soir dans 23 bassins de vie, deux ou trois réunions de synthèse, hier nous avons présenté au Président François Bonneau (ci-contre) un rapport regroupant 500 propositions et 6 thèmes principaux visant à améliorer la démocratie sur notre territoire. Ces thèmes sont des besoins essentiels dont nous avons finalement extraits les 3 principaux :

 

  • Besoin d'apprentissage de l'exercice de la citoyenneté pour tous, dès le plus jeune âge, tout au long de la vie,

 

  • Besoin d'expérimentation pour faire évoluer le processus démocratique, en se donnant du temps et en laissant une part active à chacun,

 

  • Besoin d'implication de tous les citoyens à la vie publique, par l'impulsion initiatives locales, par la contribution directe aux projets qui les concernent.

 

Tout ça peut apparaître comme de bienveillantes intentions remplies de lieux communs et de généralités. Au premier abord oui, mais à l'intérieur de ces thèmes sont proposées des actions concrètes à court terme et surtout l'envie d'aller plus loin dans cette démocratie coopérative, telle qu'elle existe déjà dans certaines communes (celle de Saillans dans la Drôme en est un exemple) et qui pourrait être étendue aux collectivités de communes, au département, à la Région puis à l'Etat.

 

Si certains veulent en savoir plus, donner leur avis, consulter et participer en ligne, c'est ici : https://www.democratie-permanente.fr/projects

A suivre

Partager cet article

Repost0
25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 13:50

J'ai repoussé à plusieurs reprises la rédaction d'un nouvel article de blog sur le RSI, mais une discussion récente avec un ami m'en donne l'occasion. Je me suis déjà exprimé sur les dysfonctionnements de cet organisme, qui s'estompent peu à peu. N'y revenons pas. Non, c'est du niveau de charge dont je souhaiterais parler, et notamment faire une comparaison précise avec celui d'un salarié.

 

Prenons un chef d'entreprise artisanale (ou un commerçant, car aujourd'hui les taux sont strictement les mêmes) qui cotise au RSI en tant que TNS (travailleur non salarié). Il prélève un revenu net mensuel de 2000 €. Faisons le calcul de ses charges :

 

Pour obtenir un revenu net de 2000 € il devra en verser 924,64 € au RSI, soit un peu plus de 46%.

 

Regardons maintenant combien il devrait payer si on lui appliquait les mêmes cotisations qu'à celles d'un salarié. Ou plus précisément calculons ce qu'un chef d'entreprise qui se salarie lui-même paye (ce qui est le cas d'un dirigeant de SASU, de SA ou un gérant minoritaire de SARL). J'avais déjà fait ce calcul dans le cas d'un choix entre SASU et EURL, avec dividendes, mais cette fois-ci je ne m'intéresse qu'à la partie cotisations sociales.

 

Voici les taux applicables sur le revenu qu'on appelle brut, c'est-à-dire sur le revenu net augmenté de la part salariale des cotisations :

 

 

J'ai pris ici un taux d'accident du travail moyen de 4%. Dans mon domaine d'activité (maintenance industrielle) il est de 4,5% et il peut être bien plus élevé, dans le BTP par exemple. Vous remarquerez qu'il n'y a pas ici de cotisations chômage, car un chef d'entreprise n'y a pas accès, qu'il soit salarié ou TNS. J'oublie le versement transport, les diverses petites contributions (contribution au dialogue social, cotisation pénibilité, APEC, apprentissage,...) pour éviter d'alourdir.

 

Pour faire une comparaison exacte avec ce que paye un artisan au RSI il faut maintenant calculer les taux sur le revenu net. On y arrive simplement par la formule

Taux sur le Net = Taux sur le Brut / (1 – 0,1981)

Si, si, je vous assure, faites-moi confiance. Bon, donc cela donne pour notre chef d'entreprise salarié :

 

 

Pour obtenir le même revenu net de 2000 € qu'en TNS ce chef d'entreprise salarié devra donc verser 1439 € à l'URSSAF soit un taux de 72%. Ce taux global peut atteindre 80% si on y additionne les contributions que j'ai négligées et si le revenu dépasse le plafond de la sécurité sociale (3269 € brut). On voit qu'on est quand même largement supérieur aux 46% versé au RSI par un TNS ayant le même revenu net.

 

Attention, s'il y a des différences dans les cotisations il y en a aussi dans les droits et les rentes. Indemnités journalières plus faibles, période de carence plus longue, retraite plus faible, formation professionnelle réduite, un TNS devra compenser par des assurances ou des placements pour compléter sa protection sociale. Mais il pourra le faire librement, indépendamment des contraintes du RSI. C'est ce qui fait toute la différence.

 

Aujourd'hui, quand j'entend l'un des candidats à la Présidence de la République (Emmanuel Macron pour ne pas le nommer) proposer de supprimer le RSI et d'accorder des droits au chômage aux entrepreneurs, je dis STOP ! Derrière cette proposition se cache l'idée qu'on peut se mettre à son compte sans distinction entre la notion de travailleur indépendant et celle de salarié. Par exemple pour conduire les véhicules UBER... Non, l'entrepreneuriat ce n'est pas ça. Et puis qui peut croire que la suppression du RSI et l'augmentation de droits conduiraient à une diminution des cotisations, franchement ?

 

Le RSI a ses défauts, certes, mais quand je discute avec des collègues des professions libérales (qui continuent à se coltiner 3 caisses pour leur régime) je les entend se plaindre encore plus que nous, sur les incohérences et les dysfonctionnements de la CIPAV... Les charges sont élevées, certes aussi. Elles le sont toujours trop, c'est un débat continuel depuis la création de la sécurité sociale en 1945. Peut-être faudrait-il faire en sorte que le travail soit moins ponctionné et que l'on cherche d'autres sources de taxation ? Tiens je vais poser la question sur la page créée par le Parisien-Eco et relayée par la Chambre des Métiers: Opération "Moi Entrepreneur" / Election Présidentielle

 

J'invite tous mes amis artisans, commerçants et professions libérales à faire de même.

Bon week-end à tous !

Partager cet article

Repost0
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 14:57

Le débat politique est intense en ce moment et le populisme n'a jamais été aussi élevé. Pas seulement en France bien sûr, puisqu'on peut observer que les Anglais ou les Américains préfèrent confier leur destinée à des gouvernements qui mettent en avant le protectionnisme comme recette miracle à tous leurs soucis.

Si tout était si simple... Gare aux désillusions ! J'espère qu'en France la démocratie républicaine l'emportera face au simplisme, face aux discours démagos, face à la facilité.

Une petite vidéo très symbolique m'est sautée aux yeux l'autre jour. Elle résume la façon dont je perçois le monde moderne d'aujourd'hui face à ce qu'il était dans les années 50, pourtant déjà très modernisées. Il s'agit d'un changement de pneus sur une Formule 1. A vous de juger :

1950 : 8 personnes pour changer deux pneus, ravitailler le véhicule et le conducteur. Tout ça en 1 minute 20. Si les 4 pneus avaient dû être changés il aurait fallu au minimum 10 personnes. Et je ne parle pas des personnes autour qui ne font pas grand chose.

 

2013 : 20 personnes changent quatre pneus, ravitaillent le véhicule et le conducteur en... 4 secondes !

 

Vous voyez où je veux en venir ? En faisant une simple règle de 3 on voit qu'avec le progrès technologique la productivité a été multipliée par 10. Au cours d'une journée il faut 10 fois moins de personnes en 2016 qu'il en fallait en 1950 pour abattre le même boulot. Sans même parler de robotisation, parce que dans de nombreux cas ce n'est plus par 10 que vous pouvez multiplier mais par 50 !

Grâce à son ingéniosité l'homme réussit à détruire les emplois qui le font vivre. C'est balaise non ?

Pour arriver à retrouver un certain équilibre, il faut donc totalement repenser notre façon de considérer le travail. Ne plus raisonner emploi mais activité. Que quelqu'un qui souhaite s'épanouir en faisant du théâtre puisse en vivre aussi bien que celui qui a choisi de travailler dans un bureau d'étude. Une forme de revenu universel, oui. Mais pas celui consistant à augmenter le RSA pour les plus démunis ou à l'élargir aux moins de 25 ans. Non, un revenu de base qui permette à chacun de se lancer dans une activité d'indépendant, d'artisan, de commerçant, d'agriculteur sans la hantise de voir les banques lui arracher sa maison du jour au lendemain.

Je n'ai pas la solution du financement de ce genre de truc dont les économistes parlent depuis des dizaines d'années. Il faut sans doute l'expérimenter, comme le font les Finlandais en ce moment à toute petite échelle. Nous verrons bien. Mais on y viendra, j'en suis à peu près certain.

Comme je ne serai probablement plus de ce monde lorsque ça arrivera, j'emprunte à Desproges cette maxime : « Vivons heureux en attendant la mort » et vous propose deux vidéos d'animaux qui m'éclatent.

La première est celle de ces 3 dindes qui semblent avoir découvert le mouvement perpétuel (à moins que ce soit l'arrivée de Trump au pouvoir qui les ait détraquées) :

 

La seconde c'est moi quand je commence à me poser des questions existentielles (mettez le son, c'est mieux). ;-)

 

 

Bonne semaine à toutes et à tous !

 

 

Partager cet article

Repost0
28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 06:59
Comment les calculs à la louche peuvent s'avérer pernicieux...

Un article de journal fait en ce moment le tour des réseaux sociaux. Il s'agit de l'édito d'un quotidien de Dijon « Le Bien Public », par son rédacteur en chef qui reprend intégralement et en les approuvant les propos d'un chef d'entreprise.

On apprend donc dans cette courte démonstration qu'un salarié pour lequel son patron dépense 150 € n'en disposera au final que de 39. Le raisonnement se termine par un brutal « CQFD » pour dire qu'il ne faut pas s'étonner qu'il y ait autant de chômage.

Hummm....

Reprenons point par point ce raisonnement :

Il y a une erreur dès le départ : un salarié avec un revenu brut de 100 € touche 78 € de salaire net, et les cotisations patronales (sans réduction ni exonération éventuelle) sont de 42 €. Il coûte donc 142 € au total à son entreprise et touche 78 € avant impôt. Les calculs à la louche c'est bien mais ça peut conduire à de gros écarts à la fin, donc autant être précis.

Comment les calculs à la louche peuvent s'avérer pernicieux...

J'ai mis la feuille de paye ci-contre pour ceux qui veulent vérifier, avec un taux horaire correspondant à quelqu'un payé 2000 € net par mois. Soulignons aussi qu'en cas de salaire inférieur à 1,6 fois le SMIC la réduction Fillon s'applique. Dans le cas d'un salarié au SMIC dans une entreprise de moins de 20 salariés la réduction est de 28% du salaire brut ; le patron ne paiera pas 42 € de cotisations patronales mais 14. A cela s'ajoute depuis 2014 le CICE : 6% du revenu brut pour les salaires inférieurs à 2,5 fois le SMIC, donc 6 € de réduction supplémentaire. Sans occulter non plus les aides diverses : Pour l'embauche d'un premier salarié une aide de 4000 € est accordée sur 2 ans. Même chose pour le contrat de génération.

Beaucoup plus gênant dans le discours, c'est que dans les 142 € se trouvent les revenus différés du salarié. Le raisonnement qui consiste à dire que la personne ne touche que 78 € est assez fallacieux car à la fin de sa vie cette personne aura touché bien plus. Décortiquons :

22 € de cotisations sociales du salarié + 42 € de cotisations patronales font 64 €. Sur ces 64 € :

Près de la moitié (27,5 €) servira à financer sa retraite, de base et complémentaire.

Un quart (17,5 €) sert à sa protection sociale (maladie, maternité, allocations familiales, invalidité, logement,...).

Le quart restant se partage entre :

11 € pour la protection chômage, la formation professionnelle et les accidents du travail (j'ai pris un gars de la métallurgie, ce que je connais le mieux)

8 € en CSG, CRDS pour combler ce fameux trou de la sécurité sociale que l'on traîne depuis... que la sécu existe.

Comment les calculs à la louche peuvent s'avérer pernicieux...

A part le dernier poste, pour lequel on peut estimer que le salarié ne verra jamais la couleur de son argent, le reste est susceptible de lui revenir sous une forme ou une autre tout au long de sa vie. Sauf s'il est célibataire sans enfant en CDI dans la même boîte toute sa carrière et qu'il meurt d'un accident avant sa retraite sans jamais avoir vu un médecin...

Donc non, ce que touche ce salarié en revenu imposable ce n'est pas 78 € mais 78 + 27,5 + 17,5 + 11 = 134 € en moyenne sur sa vie entière. L'espérance de vie d'un homme à 60 ans étant de 23 ans (pour une femme, 27 ans), au delà on estime qu'il/elle coûte plus à la collectivité que ce qu'il/elle a cotisé. Même chose pour les soins de santé ou le chômage. Certains n'en auront presque jamais besoin, d'autres y auront recours plus que ce qu'ils ont cotisé. C'est le principe d'une assurance collective.

Comment les calculs à la louche peuvent s'avérer pernicieux...

De ces montants il faut bien sûr déduire les impôts et taxes. Venons en justement à cette grossière erreur dans l'article, dont on se demande comment elle peut échapper à ceux qui en payent... On nous explique en effet de façon tout à fait anodine que ce salarié va payer 30% d'IR. Combien faut-il avoir de revenu pour ça ? Un rapide détour sur le site des impôts nous l'apprend : 136 000 € annuel [Edit du 29/08: un commentateur me fait remarquer que c'est bien plus que ça (188 000 €) car le site des impôts donne le taux d'imposition après l'abattement forfaitaire de 10%], soit un revenu net mensuel de 11 330 € [en réalité 15 660 €] ! Je ne sais pas qui est le patron de ce salarié, mais c'est vrai qu'il est généreux.

Non, soyons sérieux deux minutes. L'impôt se calcule par tranches, et les taux marginaux d'imposition (14, 30, 41 et 45%) ne s'appliquent que sur les tranches, pas sur la totalité. Un salarié célibataire avec un revenu net imposable de 24 000 € [Edit de correction : 26 500 € avant abattement de 10% soit 2 200 € net par mois] paiera 7,7 % d'impôt. A moins que ce chef d'entreprise ait confondu avec un salarié allemand, parce qu'effectivement là-bas il en paierait 29%...

Avec 78 € qu'il touche, il sera imposé sur 80,7 (oui c'est la subtilité de la CSG non déductible...) donc paiera 6 € d'impôt. Quant au smicard, c'est simple... il n'est pas imposable.

La TVA, alors là, il faut le faire quand même, de la part d'un chef d'entreprise !

Primo, le taux ne se calcule pas sur le montant dépensé mais sur le net. Donc dans l'exemple du journal ce n'est pas 20% de 49 € qu'il faut prendre mais 49/1,2 soit 41 € et non 39. Petit écart de 2 €, mais bon écart quand même...

Secundo, à moins que le gars ne vive qu'en achetant des produits de luxe (remarquez, avec un salaire de 11 000 € il peut), non, la TVA moyenne prélevée sur son pouvoir d'achat ne sera pas de 20%. Les loyers, les assurances, les achats d'occasion, les frais de scolarité n'ont pas de TVA, l'alimentation principale, les transports, les travaux de renovation sont à taux réduits. Si on s'appuie sur les statistiques de l'INSEE, en regardant l'ensemble des dépenses des Français et la TVA récoltée on arrive à peine à un taux moyen de 8%.

Sur les 72 € qui lui restent notre salarié en dépensera donc environ 6 sous forme de TVA. A la fin il lui reste 66 €. Pour le smicard : 8% de 78 €, il lui reste 72 €.

Comment les calculs à la louche peuvent s'avérer pernicieux...

Conclusion :

Selon l'article de journal l'entreprise dépense 150 € pour un salarié au revenu brut de 100 €.

Le salarié ne dispose plus que de 39 € une fois que l'Etat a pris sa part.

Ce à quoi je répond (pour le même salaire brut. Voir les détails sur le tableau récapitulatif ci-contre):

L'entreprise dépense entre 108 € dans le meilleur des cas (voire encore moins s'il s'agit d'une première embauche ou d'un contrat de génération) et 142 € dans le pire des cas.

Le salarié moyen dispose de 66 € une fois les prélèvements sociaux et fiscaux effectués. Le smicard 72 €. On voit qu'on est déjà très loin des 39 € annoncés... A ce revenu direct s'ajoute un revenu différé qu'il touchera à sa retraite, s'il est en arrêt maladie, en congé maternité/paternité, au chômage ou s'il subit des soins. Donc un total équivalent à 122 € pour 100 € de salaire brut du gars payé 1,6 fois le SMIC, et 128 € pour le smicard. Même en retirant de ces montants ce qu'ils paieront en impôts et taxes le moment venu, on est loin du massacre annoncé dans l'article.

Je sais bien que les charges sur les entreprises restent élevées. A la différence d'autres pays, comme l'Allemagne que je cite plus haut, le financement de la sécurité sociale en France repose en effet essentiellement sur les salaires et non sur l'impôt. Un choix qui peut se discuter, mais sans tomber dans le manichéisme comme le propose cet article de journal. Surtout que, selon l'INSEE, le revenu moyen disponible d'un ménage en France est l'un des plus élevé d'Europe (voir sur ce lien). Donc de temps en temps il est bon de remettre les pendules à leur place, comme les Guignols de Canal+ le faisaient dire à Johnny quand ils avaient de l'esprit. ;-)

Bon, Hervé, prochaine réunion AREA t'apportes ta bouteille de Champagne !

Partager cet article

Repost0
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 15:50
Gora Euskadi !

Oui, Gora Euskadi ! Vive le Pays Basque !

Quelle chance de travailler (arg, le gros mot !) dans la maintenance industrielle (censuré) ! Cette activité m'amène à me balader un peu partout en France, voire même un peu plus loin, comme en début de semaine dernière à Bilbao, capitale financière du Pays Basque. Ancien fief de la sidérurgie espagnole cette ville reste un endroit où de nombreuses industries prospèrent. L'une d'entre elles, Arcelor, produit des bobines d'acier à destination de l'Europe entière pour fabriquer des boîtes de conserve, des automobiles, des ustensiles de cuisine, des panneaux, bref, plein de trucs qui polluent.

Pour augmenter sa production (décidément, François, tu aggraves ton cas...), cette usine a ajouté de nouveaux équipements sur sa ligne principale de fabrication. La phase de mise au point nécessite de s'affranchir de certaines difficultés, notamment les vibrations excessives. C'est pour en faire le diagnostic que Mecadyn a été sollicité, notamment en effectuant des essais de réponse aux chocs et des analyses en fonctionnement.

Gora Euskadi !

Inutile ici de dévoiler ce que furent ces mesures, ni les résultats du diagnostic, confidentialité oblige. Mais ce fut une riche expérience, à la fois en terme de contenu technique mais aussi de rencontres. Et puis je découvrais le Pays Basque, et ça, ça n'a pas de prix !

Bilbao est sublime ! On m'avait prédit une ville sale et noire, mais en 20 ans elle a beaucoup changé. Le musée Guggenheim en est évidemment le principal responsable. Bâti en 1997 sur une friche industrielle et portuaire il a donné un nouveau sens à Bilbao et à sa région, un nouvel essor économique. C'est pas pour rien qu'on appelle ça « l'effet Guggenheim ». Je n'ai pas manqué évidemment de le photographier comme des milliers d'autres touristes chaque jour et de poser devant Puppy, le chien géant fleuri par Jeff Koons. Les bâtiments anciens tout autour de ce musée utra-moderne conçu avec un logiciel industriel (CATIA, pour ceux qui connaissent) prennent du coup une belle allure. Bilbao, c'est un peu comme Nantes, avec sa renaissance après la disparition des chantiers navals, mais en mieux réussi encore. En tout cas du point de vue architectural.

Gora Euskadi !

Mais le Pays Basque c'est aussi la côte, le long du golfe de Gascogne. Une crique superbe baignant le petit village typique de Deba, le port de refuge de Getaria, la ville sublime de San Sebastian (officiellement Donestia en basque), et puis des tas de lieux dont j'ai oublié les noms, des paysages, des visages, des sourires,...

Et puis la gastronomie bien sûr. Avec ces "pintxos", des mini-plats qu'on déguste sur les comptoirs des bars, les morceaux d'agneau à la piperade, les gâteaux basques faits de... je ne sais plus quoi.

Le temps y est clément, océanique et doux, ni trop chaud comme en Andalousie, ni trop pluvieux comme en Bretagne (voire même dans le Centre comme en ce moment...).

Bref, c'est décidé, pour la retraite, j'apprend la langue basque et je pars m'installer là-bas. ;-)

En attendant de construire mon château en Espagne, je continue à faire vivre l'aventure de Mecadyn, qui va bientôt atteindre ses 10 ans d'existence. On en reparlera !

Partager cet article

Repost0
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 11:00
Le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme

Je n'en reviens pas de l'effervescence créée sur les réseaux sociaux par cette réforme de l'orthographe datant de 1990 ! Beaucoup de Français sont choqués que l'on puisse simplifier certains mots de la langue française et crient au nivellement par le bas, à l'appauvrissement de notre culture. Certains vont même jusqu'à affirmer que si Najat Vallaud Belkacem a mis ça en place (alors qu'elle n'y est strictement pour rien) c'est pour pouvoir imposer d'ici peu de temps la langue arabe à nos chères têtes blondes (non je n'exagère rien).

Des pétitions circulent pour empêcher cette "catastrophe". Certains le font même avec des envolées lyriques, se référant à Charlemagne, Villon ou Ronsard (aucun d'eux ne connaissait l'accent circonflexe ni n'utilisait le trait d'union mais bon, on n'est pas à une incohérence près quand il s'agit de convaincre). A ce jour 31 000 personnes ont par exemple signé celle-ci, dénonçant dans un même élan unanime l'Art de notre écriture qui serait sacrifié sur l'hôtel (sic) de la simplification et de "la logique". La rédactrice de cette pétition en appelle « au rejet total du dit projet, quand bien même celui-ci aurait été censé (re-sic)».

Je suis moi aussi un amoureux de la langue française, un défenseur passionné de l'orthographe (quand j'ai un peu de temps je participe sur twitter au concours chaque jour ici : Une faute par jour). Dénicher la petite faute d'accord, la majuscule manquante ou le contresens, j'adore ça. Faites-le vous aussi, c'est très amusant. Et dans ces périodes sombres, ça fait du bien de s'amuser parfois. Tenez, cette phrase par exemple, sur laquelle je vous donne 30 secondes pour trouver la faute :

Le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme

En mettant à l'honneur Lucky Luke, l'icône de l'ouest, les organisateurs du festival d'Angoulême n'ont pas perdu le nord !

Tic-tac-tic-tac-tic-tac.....

Top ! Vous avez-trouvé ? L'icône de l'Ouest bien sûr ! Les points cardinaux gardent leur minuscule (ici le nord) sauf lorsqu'ils désignent une région, une entité politique. On dira par exemple : « En me rendant au sud de l'Afrique j'ai visité l'Afrique du Sud ». Passionnant, non ?

Bref, que les contempteurs de la nouvelle orthographe se rassurent : ce ne sont pas les 2400 mots modifiés qui vont nous empêcher de garder toute notre complexité si singulière. La suppression de l'accent circonflexe sur le i et le u, dont l'invention est très récente dans l'histoire de notre langue, ne va guère perturber notre littérature. Et que dire des traits d'union concernant certains mots sans grande logique mais auxquelles il ne faudrait surtout pas toucher (le pluriel de « contre-jour » s'écrit « contre-jours » mais on dit « des abat-jour » et non « des abat-jours », cherchez pas c'est comme ça !). Une pure coquetterie que certains voudraient voir perdurer car c'est comme ça qu'on leur a enseigné. Ils en ont bavé avec la cime, l'abîme, les rimes, la dîme, le rhume, la bûche, la ruche, les gratte-ciel, les plates-formes et les monte-charges. Ils se sont cassés la tête, se sont laissé convaincre sans jamais s'être laissés aller, il n'y a donc aucune raison pour que leur progéniture n'en bave pas non plus !

Le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme

Et pourtant cela devrait satisfaire les puristes qu'on corrige enfin des mots qui étaient mal orthographiés, comme nénufar par exemple ou encore évènement. Je trouve ça intelligent (merci Maurice Druon) de supprimer cette anomalie d'oignon qui s'écrit comme moignon mais se prononce comme pognon. Dans 50 ans, j'imagine la tête de nos petits enfants si un hurluberlu vient leur dire que maintenant il ne faudra plus écrire ognon mais oignon car c'est comme ça qu'on l'écrivait au XXème siècle. C'est un peu comme si on nous obligeait aujourd'hui à écrire comme Geoffroy Tory qui proposa en 1529 une réforme de l'orthographe (hé oui, déjà...) sachant qu'avant cette époque il n'y en avait pas vraiment, d'orthographe, et que chacun (du moins les quelques uns qui savaient écrire) faisaient un peu comme ils voulaient... En nostre langage françois, dit-il, navons point daccent figure en escripture, et ce pour le default que nostre langue nest encore mise ne ordonnee a certaines reigles, comme les hebraique, grecque et latine. Je vouldrois quelle y fust, ainsi que on le porroit bien faire.

Bon, je vous l'accorde, on ne comprend pas bien ce qu'il raconte, mais c'est lui qui enrichit notre langue de l'apostrophe, des accents aigus et de la cédille. Pour l'accent circonflexe, objet de tant de discussions aujourd'hui, il faudra attendre le XVIIIème siècle pour qu'il s'impose vraiment. Il s'agissait alors de simplifications (Ah ces fainéants!) avec la disparition d'autres lettres au sein d'un mot et que l'on ne prononçait plus (isle qui devint île par exemple, ou saoul qui donna soûl mais dont les deux orthographes continuent de coexister, comme quoi c'est possible...) ou d'une différence de prononciation (sur les a, les e et les o). L'accent circonflexe sert aussi à discriminer certains mots : sur/sûr, mur/mûr, jeune/jeûne,... et dans la conjugaison du subjonctif imparfait (le subjonctif « j'espérais qu'il fût moins con » n'a pas le même sens que le passé simple « j'espérais qu'il fut moins con »), mais ça, n'en déplaise à ceux qui nous bassinent avec leurs exemples (« je me ferais bien un petit jeune », ou encore « je suis sur ta sœur elle va bien ») la réforme n'y touche pas. Vous pourrez donc continuer à écrire des phrases en français incorrect tout en conservant l'accent circonflexe qui vous est si cher !

Le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme

Enfin, à l'initiatrice de cette pétition évoquée plus haut et qui cite Victor Hugo, je rappellerai qu'au XIXème siècle nos grands écrivains déploraient que l'autorité en matière de langue appartint uniquement aux grammairiens. «Tous les mots sont égaux en droit», proclamait Victor Hugo. C'est aussi ce que souhaitait l'Abbé Grégoire lors de la Révolution Française en simplifiant notre orthographe, en harmonisant la langue française pour qu'elle soit accessible au plus grand nombre. Le conservatisme bourgeois puis le retour de la monarchie ont mis fin à cette belle idée. La «bonne orthographe» devint une marque de classe, de distinction sociale. A partir de 1832 la maîtrise des règles de la grammaire devint obligatoire pour l'obtention de tout emploi public. Le temps où chacun écrivait comme il voulait était révolu pour faire place à une grammaire et une orthographe bureaucratisées. Depuis cette époque les nombreuses réformes pour simplifier l'orthographe échouèrent toutes les unes après les autres. Celle de 1990 est bien modeste. Elle ne va nullement abaisser le niveau de culture générale de nos enfants. J'aurais même tendance à penser qu'elle pourra l'améliorer car le temps qu'ils ne passeront plus à savoir s'il faut ou non mettre un accent circonflexe sur le i de cime, ils pourront le consacrer à écrire correctement les expressions aujourd'hui sacrifiées sur l'autel ou à ne pas confondre sensé avec censé ;-)

Bon dimanche à tous !

Partager cet article

Repost0
19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 15:59
Paléographie et autres billevesées.

Il y a un plaisir dont je n'ai jamais parlé ici et que j'ai envie aujourd'hui de partager avec mes lecteurs (ça changera des créations d'entreprise, des vibrations ou des faits de société) c'est la paléographie. Autrement dit, en langage courant: la lecture des textes anciens.

Je m'y suis mis il y a une bonne trentaine d'années, lorsque j'ai commencé à fréquenter les archives, les bibliothèques et que je suis tombé sur des actes qui me semblaient aussi indéchiffrables que ne l'est le langage des sourds-muets pour un aveugle. Et puis je m'en suis désintéressé pendant longtemps, avant d'y revenir par simple plaisir ou pour aider des personnes en quête de l'histoire de leurs ancêtres.

Le texte ci-dessus date de 1446 et parle de la procuration qu'un noble breton donne à son épouse. Aujourd'hui j'arrive à le déchiffrer, à force d'en avoir lu d'autres plus soignés ou un peu plus récents. Mais c'est beaucoup plus difficile pour des actes en latin ou du haut moyen âge. Sur ce document carolingien datant de 921 et écrit en vieux français on pourra au moins apprécier la splendide signature du roi Charles III, suivie en bas à droite d'un cachet à la cire et du dessin d'une ruche.

Paléographie et autres billevesées.

Les ruches que nos ancêtres les plus lettrés utilisaient pour accompagner leur signature ont longtemps perduré, jusqu'àu XVIIIème siècle. Sur cette image où j'ai regroupé les signatures de curés, de notaires ou de bourgeois au XVIème siècle, on retrouve ses entrelacs en fin de signature et ces signes cabalistiques des anciennes ruches médiévales. Par la suite les signatures se sont simplifiées mais les sortes de grilles, d'entrelacs et de croches sont restées. Même les modestes laboureurs s'y exerçaient. À partir du XVIIIè siècle disparaissent peu à peu ces signatures alambiquées, et ne subsistent plus que de vagues paraphes sous forme de croisillons ou de « fff » après les signatures. Que reste-t-il aujourd'hui de ces ruches du moyen-âge ? Peut-être la petite perluette ou l'enroulade de notre signature. A chacun sa marque, à chacun sa ruche ;-)

 

Paléographie et autres billevesées.

Si je vous parle de ça c'est que l'autre jour je me suis régalé en écoutant l'émission « L'heure du crime » de Jacques Pradel sur l'affaire Vrain-Lucas, un génial faussaire du XIXème siècle qui a réussi à berner pendant des années le mathématicien Chasles (vous savez ? la relation de Chasles ab+bc = ac ? bon, bref) en lui fournissant des documents écrits de la main de personnages historiques. Tous des faux bien sûr, qui pouvaient paraître crédibles pour les plus récents mais dont les plus anciens ont réussi à se faire tordre de rire l'assistance du tribunal lors du procès de ce faussaire qui eut lieu en 1870.

 

Voici par exemple un mot rédigé de la main même de César pour exhorter Vercingetorix à baisser les armes.

 

 

Paléographie et autres billevesées.

En voici la fidèle retranscription:

 

Jules César au chef des Gaulois. J'envoy devers toy un mien ame qui te dira le but de mien voyage. je veux couvrir de mes soldats la terre qui t’a veu naistre. C’est en vain que tu la vouldras defendre. Tu es braves, je le say, mais aussi le serai, s’il plaist aux Dieux. ainsi rend moi tes armes ou prépare toi à combattre. Ce vi des kal. de jullius

Signé: ton pote Jules (non je déconne) Julius Cesar

 

Ou encore cette lettre de Lazare à l'apôtre Pierre (ça ne s'invente pas quand même...) dans laquelle il lui parle d'un fameux druide gaulois !

Paléographie et autres billevesées.

Le mot adressé par Jehanne la Pucelle aux parisiens qu'elle s'apprête à libérer vaut aussi la détour. Braves parysiens soyez et restez en repos. L'armée de vostre Roy est arrivée devant Parys.

 

Ce n'est ni son écriture, ni sa signature, ni le nom qu'elle se donnait, mais bon, on n'est pas à 2 ou 3 incohérences près quand il s'agit de servir l'histoire. Parce que tel était le but de ce génial faussaire: fabriquer des documents qui démontraient la réalité de faits historiques.

Paléographie et autres billevesées.

Mais que penser des billets doux envoyés par Cléôpatre à son bien aimé Marc-Antoine, la lettre d'Alexandre le Grand à Aristote ou encore celle de Charles Martel au duc des Maures qu'il s'apprête à arrêter à Poitiers ? Tout ça en bon français moderne s'il vous plait.

 

Chasles a acheté 27 320 documents à Vrain Lucas. Certes pas tous aussi savoureux que ceux-là mais quand même. Une toute petite partie (180 documents) a été conservée à la BNF. Pour les amateurs c'est ici: Spécimen des faux autographes fabriqués par Vrain Lucas.

 

Bonnes vacances à ceux qui en prennent, bon boulot aux autres !

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog de Mecadyn
  • : Ce blog est centré autour des activités de Mecadyn, entreprise de prestation de service en maintenance industrielle. Au gré des circonstances il permet aussi des digressions autour de la création d'entreprise, la vie en société, les loisirs,...
  • Contact

Recherche

Texte Libre

LOGO_MADEINFRANCE.jpg

Droits d'auteur

Toute reproduction, diffusion publique et usage commercial du contenu de ce blog sont interdits sans mon autorisation.

Partageons...

http://www.wikio.fr