Nombreux sont les gens qui râlent sur le personnel de l'ANPE, les traitant d'incapables voire plus si manque d'affinité. Les qualificatifs très méprisants ou insultants que l'on peut lire ici ou là, sur des forums ou dans la vie courante, me donnent envie de réagir.
Moi aussi j'ai pu mesurer le fossé qu'il y avait entre cette institution et les attentes des personnes en recherche d'emploi et j'ai frémi devant l'abîme creusé en face des besoins industriels. Plus d'une fois j'ai pesté contre l'inertie ou l'inadéquation du système: à la fois lorsque j'ai recherché des personnes à embaucher dans des secteurs bien précis et que l'ANPE m'envoyait des CV qui n'avaient rien à voir et en tant qu'inscrit lorsque j'ai créé mon entreprise. Mais, depuis, les explications d'une amie qui travaillait dans l'antre de la bête m'ont éclairé sur le véritable problème.
Non, les employés de l'ANPE ne sont pas issus d'un ramassis de bons à rien; oui, on peut y trouver des gens au moins aussi compétents que dans une entreprise du CAC40. Inutile d'attaquer les personnes, c'est bien le système qui est défectueux. Regardons de plus près:
L'ANPE, créée il y a 40 ans pour centraliser les offres d'emploi est devenue un véritable bureau des doléances et le lieu de passage obligé de tous les chômeurs. L'ensemble des agences locales ont finalement pour mission d'encadrer ces bataillons de chômeurs (2 à 3 millions bon an mal an) et leur objectif est aujourd'hui de réduire le nombre d'allocataires. Entre les chômeurs en fin de droit, les cadres licenciés, les jeunes non qualifiés, les personnes en précarité, les profiteurs du système (ben oui, y en a) l'agence a fini par gérer le chômage plutôt qu'à l'éradiquer. On est loin des missions d'insertion et d'emploi que l'on pourrait imaginer et la fusion prochaine avec l'UNEDIC va d'ailleurs définitivement enterrer cette utopie.
Chaque agent de l'ANPE se retrouve avec une moyenne de 150 dossiers à gérer simultanément, avec des protocoles et des règles qui finissent par avoir pour seul but de réduire le nombre de chômeurs et non d'augmenter le nombre de travailleurs. Les moyens mis à leur disposition sont ridicules (informatique obsolète, efficacité mal mesurée, objectifs contradictoires, absence de déroulement de carrière, salaires minables,...). Peut-on demander sérieusement à un organisme (public ou privé) de gérer des cas aussi différents que: l'emploi des saisonniers au moment de la récolte des pommes, le parcours d'un jeune apprenti du bâtiment, le reclassement d'un cadre de 50 ans dans l'informatique, le souhait d'une mère au foyer de reprendre un emploi salarié, l'ouvrier hyper-qualifié qui ne retrouve aucun boulot après la fermeture de son entreprise, l'entrepreneur en recherche d'information sur sa future activité,...
Du coup, depuis 30 ans, une multitude d'agences d'interim ont fleuri et se sont développées sur cet humus. Rien de plus facile: concentrées sur les seuls besoins ponctuels des employeurs et sur l'envie de travailler à court terme des chômeurs elles n'ont eu qu'à mettre l'une en face de l'autre les deux attentes. Leur efficacité repose essentiellement sur le fait qu'elles n'ont rien à gérer d'autre. Un gars qui vient s'inscrire chez elles n'a pas besoin de venir pointer tous les mois pour justifier une quelconque recherche d'emploi. Un patron qui veut embaucher quelqu'un a juste à signer un bon de commande. Les chômeurs qui ne trouvent pas de boulot en intérim retournent au vivier de départ... l'ANPE
Les agences d'interim vont simplement poursuivre leur mission de placement pendant que l'État continuera à panser les plaies. C'est sur ce constat qu'il faut réfléchir, plutôt que d'entretenir la haine vis à vis des employés de l'ANPE. Ce sera plus payant...

