Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 17:32
SAS, SARL, SASU, EURL ou le dilemme de l'entrepreneur.

Il y a un an j'avais rédigé un article comparant différents statuts d'entreprise, ici ---> SA, SAS, SARL, ça farte ?

Ce post est le plus lu de tout le blog. Chaque jour au minimum 30 personnes viennent le lire. J'ai essayé de comprendre pourquoi, et la réponse s'impose en faisant une petite recherche sur Google : il est extrêmement difficile de trouver sur le net des comparatif chiffrés entre une SASU (Société par actions simplifiée unipersonnelle) et une EURL (Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, qui est une SARL constituée d'un seul associé). Or ce sont deux statuts qui intéressent beaucoup les créateurs d'entreprises individuelles, surtout la SASU devenue à la mode depuis 3 ou 4 ans, en raison de sa simplicité et de l'absence de cotisations sociales si le responsable ne s'octroie pas de salaire.

Ah ça, des tableaux comparatifs présentant les avantages et inconvénients des SAS et des SARL il y en a à la pelle ! Ce n'est pas ce qui manque. Mais vous en trouverez peu qui donnent le détail de ce que gagne concrètement un gérant de SARL par rapport au président d'une SASU. Si vous posez la question suivante « Ai-je intérêt à transformer mon EURL en SASU ? » la réponse sera invariablement « Oui. Mais ça dépend. Il faudrait faire une analyse détaillée ».

C'est assez logique car les situations sont très diverses et complexes. Un expert comptable ne pourra fournir une réponse appropriée qu'en connaissant bien les objectifs de recettes et de dépenses, mais aussi la situation personnelle et familiale du porteur de projet, ainsi que ses ambitions, ses objectifs, ses souhaits d'optimisation, etc. Mais moi, comme je ne suis pas comptable, je peux me lâcher ;-)

Donc pour tous ceux qui s’intéressent à ce choix crucial du statut d'entreprise avant de démarrer, voici le résultat d'une analyse tout à fait personnelle d'un chef d'entreprise qui s'est lui aussi posé toutes ces questions et qui a connu les mêmes frustrations. Attention, âmes sensibles et revêches aux chiffres, abstenez-vous, c'est assez chiant pénible.

SAS, SARL, SASU, EURL ou le dilemme de l'entrepreneur.

Reprenons l'exemple de la dernière fois : Jean SARL est gérant majoritaire d'une EURL ; Pierre SASU est président d'une SASU. Tous les deux sont célibataires, ont une activité de prestation de service industrielle et commerciale, inscrits à la Chambre des Métiers comme artisans. Tout ce qui va suivre pourrait s'appliquer s'ils étaient commerçants, sans grande différence, mais pas en profession libérale (voir le petit laïus à la fin sur ce sujet).

Les deux ont un résultat brut de 50 000 €, correspondant à la différence entre leurs recettes et leurs dépenses courantes, achats et frais de fonctionnement. Étant seuls dans leur entreprise c'est sur ce résultat qu'ils se rémunèrent intégralement, en utilisant pour cela différentes options. Le tableau ci-dessous compare la situation de Jean SARL qui utilise l'intégralité du résultat brut sous forme de revenu. En tant que travailleur non salarié le RSI lui prélève 38% de son revenu net sous forme de cotisations sociales et 8% de CSG/CRDS sur son revenu brut. Un peu d'arithmétique nous permet de calculer tout ça ainsi que le revenu net après impôt en utilisant les barèmes du fisc. Jean garde dans sa poche à la fin de l'année 28 647 €, soit 2 387 € par mois. Mais comme il est prévoyant il utilise une partie de son revenu (400 € par mois) afin d'épargner pour ses vieux jours à l'aide d'un contrat Madelin. Ce type de contrat est déductible de son revenu imposable ce qui lui donne après impôt un revenu net annuel de 25 287 €, avec un revenu différé non négligeable pour sa retraite.

SAS, SARL, SASU, EURL ou le dilemme de l'entrepreneur.

Pierre SASU utilise également l'intégralité du résultat pour se rémunérer. En tant qu'assimilé salarié cadre il se verse un salaire, dont les cotisations salariales et patronales représentent 54,6% du salaire brut (par rapport à un salarié classique il est seulement dispensé de cotisations chômage, ce qui le prive aussi d'allocations le cas échéant). Là aussi il faut faire un peu de gymnastique arithmétique pour arriver au résultat, mais après avoir mouliné sur Excel on arrive à un revenu net après impôt de 27 179 € soit 1 500 € de moins que Jean, et avec des frais supplémentaires compte tenu des coûts de gestion de la paye. S'il souhaite comme lui mettre de l'argent de côté sous forme de placement ou cotisation à une retraite supplémentaire, il ne pourra pas déduire cette charge de ses impôts et son revenu sera diminué d'autant. À situation égale avec celle de Jean, il lui restera dans sa poche 22 379 € soit 1 865 € par mois.

 

Les avantages que procure à Pierre sa situation d'assimilé salarié sont assez minimes : indemnités journalières versées avec un délai de carence plus faible (mais avec un montant du même ordre de grandeur) et pension de retraites un tout petit peu plus élevées (à vérifier car même s'il cotise à une caisse de cadre son salaire net de référence pour le calcul de sa pension reste quand même inférieur de 10% au revenu net de Jean). Ces avantages ne valent pas à mon avis les 3 000 € de différence annuelle.

 

Le résultat sera encore pire si Pierre SASU décide de ne se rémunérer que sous forme de dividendes. En effet, le bénéfice de l'entreprise sera taxé (Impôt sur les Sociétés) à 15% jusque 38 120 € et à 33,33% au delà. Impôt sur lequel s'ajoutent les cotisations sur dividendes (15,5%, hé oui, il y en a là aussi...) puis l'impôt sur le revenu de ces dividendes. Au final, comme montré sur le tableau ci-dessous il lui restera 27 224 € après un placement de 4 800 € pour ses vieux jours.

 

SAS, SARL, SASU, EURL ou le dilemme de l'entrepreneur.

Placement qui lui sera bien utile car tout le bénéfice de son travail sera parti en impôt et taxe sans aucune validation de trimestre pour sa retraite ni indemnisation en cas d'arrêt de travail... La situation est extrême mais tout à fait réelle, comme j'ai pu le constater récemment sur un forum d'entrepreneurs, où un président de SASU se demandait comment il pouvait rétroactivement valider des trimestres qu'il n'avait pas cotisés...

 

Une situation intermédiaire salaire+dividendes est évidemment préconisée et au final le président de SASU peut arriver à optimiser ses revenus comme le montre le dernier tableau. En ne prélevant que 15 000 € de salaire brut, Pierre SASU améliore son revenu net après imposition et placement, gagnant 26 313 € soit 1 000 € de plus que Jean mais avec là aussi des frais de gestion plus élevées et un revenu basé sur un SMIC pour ses indemnités journalières et sa retraite. Pas de quoi là non plus pavoiser.

SAS, SARL, SASU, EURL ou le dilemme de l'entrepreneur.

Vous l'avez compris je ne pense pas que la SASU soit la solution optimale pour un chef d'entreprise, et ceci quelle que soit la distribution dividendes/rémunération que l'on fait. En tout cas pas pour ces niveaux de rémunération (je ne suis pas allé explorer ce qui se passe pour des bénéfices beaucoup plus élevés). Perdre de l'argent tous les ans pour s'affranchir des difficultés avec le RSI me semble vraiment être une erreur. Les seuls cas où ce statut semble intéressant concernent ceux qui en fin de carrière ne veulent pas changer de régime social ou ceux qui ont déjà des revenus (salaires ou pensions) et peuvent s'affranchir de cotisations. Pour les professions libérales le fossé est encore plus grand avec des cotisations TNS plus faibles que celles de commerçants-artisans alors que celles du salarié sont les mêmes.

 

Amis entrepreneurs, avant de créer une SASU, prenez le temps de bien faire vos calculs, et ne vous laissez pas influencer sans bien avoir pesé le pour et le contre, éventuellement en prenant plusieurs avis. Aujourd'hui l'EURL ou l'EIRL restent les solutions les plus adaptées pour un entrepreneur sans associé qui se lance dans une activité principale classique (commerciale, artisanale, libérale) avec l'option possible du régime auto-entrepreneur pour les faibles chiffres d'affaire.

 

Néanmoins, je suis prêt à en discuter ici avec tous ceux qui souhaitent apporter leur contribution à ce débat sur le choix du statut ;-)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Isabelle 12/07/2017 19:14

Merci beaucoup François pour cet article très clair et détaillé. La seule question restante: est-ce que les conclusions changent lorsqu'on dégage beaucoup plus de résultat, et qu'on continue à se rémunérer uniquement sous forme de salaire en EURL alors qu'on ne touche pas au salaire en SASU, on augmente seulement les dividendes. L'EURL reste-elle la forme la plus avantageuse en terme de rémunération du dirigeant? Au plaisir de vous lire.

François 12/07/2017 22:24

Bonjour Isabelle. Cet article ne vaut que pour un entrepreneur individuel avec une rémunération dans la moyenne de ce que gagne un artisan ou un commerçant aujourd'hui. Pour quelqu'un qui dégage un très gros résultat, je ne peux que lui conseiller d'aller voir un expert comptable.

georges 25/11/2016 22:55

Bonjour,55ans ,eurl depuis 25 ans Impot en IR sur 200000 € de benefice.quid de sasu? je me pose maintenant la question
Vous en pensez quoi?

François 26/11/2016 09:41

Bonjour,
Compte tenu de votre niveau de bénéfice particulièrement élevé, vous avez en effet tout intérêt à voir comment l'optimiser... Je vous conseille vivement de voir ça avec votre expert comptable ou avec votre CGA. Je n'ai pas les compétences pour vous répondre.
Cordialement

llega 23/10/2016 17:49

bonjour, je viens de tomber sur cet article. je viens de valider mon attestation de capacité marchandises moins de 3t5. Je me penche à présent sur le statut de l entreprise que je souhaite créer. j étais parti sur l idée d une EI, mais auto-entrepreneur, SAS (sasu) m interpelle aussi. Je n arrive toujours pas a me décider. Serait il ,possible d en parler.

llega 25/10/2016 20:23

merci pour le lien.

François 24/10/2016 09:46

Bonjour,

Merci pour l'intérêt que vous portez à ce blog.

Je ne peux malheureusement pas vous orienter. Le choix du statut dépend de votre prévisionnel de ressources et dépenses. Voici un forum qu permettra de vus orienter sur ces différentes questions: http://www.lecoindesentrepreneurs-forum.fr/

Cordialement

sur la raison sociale 14/09/2016 14:37

Excellent article ! Je dois avouer que le choix des statuts aussi est une étape assez difficile après avoir la raison sociale. Du coup, il faut vraiment être vigilant avant de valider. Mais je trouve que le SASU est intéressant d’après ces analyses.

François 15/09/2016 09:23

Merci pour votre commentaire.

Je n'ai pas la même perception que vous en ce qui concerne la SASU, mais bon...

Rousseau Antoine 07/09/2016 01:29

Bonjour,
Vos calculs sont très intéressants.
Qu'en est il du statut EI ou EIRL ? Vous n'en parlez pas dans votre article.

François 07/09/2016 17:46

Bonjour Antoine,

Merci pour votre commentaire. Je ne parle pas ici de l'EI car il s'agissait avant tout de comparer deux types de sociétés (EURL vs SASU). L'EI (pour une activité de service) a certains avantages, surtout jusqu'au CA de 60 000 à 80 000 € environ. Au delà le régime de société est plus intéressant. Mais ce sont des situations à examiner au coup par coup.

Cordialement

Présentation

  • : Le blog de Mecadyn
  • Le blog de Mecadyn
  • : Ce blog est centré autour des activités de Mecadyn, entreprise de prestation de service en maintenance industrielle. Au gré des circonstances il permet aussi des digressions autour de la création d'entreprise, la vie en société, les loisirs,...
  • Contact

Recherche

Texte Libre

LOGO_MADEINFRANCE.jpg

Droits d'auteur

Toute reproduction, diffusion publique et usage commercial du contenu de ce blog sont interdits sans mon autorisation.

Partageons...

http://www.wikio.fr